MAUDITE SOIT LA GUERRE

Discours de Michel Agnoux pour l’ARAC

jeudi 11 novembre 2010 par cilal

Je tiens d’abord à rappeler que dès sa fondation en 1917, l’Association Républicaine des Anciens Combattants et Victimes de la guerre a inscrit dans ses statuts, je cite :

La lutte contre la guerre, conséquence du régime capitaliste.

La propagande et l’action contre le militarisme.

La mise en harmonie des revendications des Anciens combattants avec les buts finaux de la classe ouvrière et paysanne.

C’est pourquoi l’ARAC ne pouvait qu’exiger dés le départ, réparation des crimes que la Nation avait laissé perpétrer en son nom.

Crimes ignobles dont les victimes n’avaient jamais été les hôtes des Fouquets ou autre yatchs « Bolloré » de l’époque.

A la fin de l’année 1922, la section de Riom de l’ARAC souhaite faire apposer une plaque en mémoire des fusillés sur le monument

Aux morts : « L’ARAC aux victimes des conseils de guerre. Aux fusillés de Vingré, à ceux de Fontenoy, de Flirey , de Fleury, de Monteauville ».

Devant l’opposition de l’association locale du Souvenir français, elle en vient à ériger un contre-monument, dédié tout entier aux victimes des conseils de guerre, sur une concession à perpétuité du cimetière. Il fait face à celui du Souvenir français, bordé de tombes de combattants.

Ainsi, dans le cimetière de la ville, les fusillés réintègrent symboliquement la communauté.

Il n’en reste pas moins, que dans l’infini charnier creusé par la première guerre mondiale, les centaines de fusillés pour l’exemple ont bien failli terminer dans la fosse commune des morts honteux.

Même, si le 5 novembre, sur le plateau de Craonne, Lionel Jospin a souhaité qu’ils « réintègrent aujourd’hui, pleinement notre mémoire collective nationale », il faudra toute l’obstination du docteur Bruno Garraud du Tréport pour obtenir que le nom de l’ouvrier verrier André Lecroq, enfant de l’assistance publique fut inscrit sur la plaque du monument aux morts de Blangy- sur- Bresle. Le 11 juin 1915, après que son régiment ait subi 39 h de pilonnage continu, au sud de l’Aisne, non loin de Craonne, il avait abandonné son fusil et s’était replié 800 m en arrière jusqu’à son poste de commandement..

Le 20 juin 2007, Henri Esquirol, le maire de la commune ariègeoise de Saint-Ybars et son conseil municipal rendaient hommage à un de ses enfants à l’occasion du 90ème anniversaire de son exécution, à 24 ans, le 20 juin 1917 à 6 h 15.

Après l’horrible boucherie du chemin des Dames, avec un groupe de chasseurs, il avait refusé de se porter en soutien d’une division marocaine qui attaquait. Il n’était ni plus , ni moins coupable que ses camarades, mais il payé pour tous.

Un mois après la prise de position de Nicolas Sarkozy, le 11 novembre au fort de Douaumont, c’était au tour de Léonard Leymarie de rejoindre ses camarades sur le monument aux morts de Seilhac, le 12 décembre 2008, 94ème anniversaire de son exécution.

Le dimanche 17 mai 2009, Jean-Louis Lasplacettes, fusillé à Maizy dans l’Aisne le 12 juin 1917 était inscrit sur le monument aux morts d’Aydius dans la vallée pyrénéenne d’Aspe. Célibataire, soutien de famille, il fut condamné à la peine capitale pour sa participation à une révolte de soldats survenue quelques jours plus tôt, à l’arrière du front dans le village de Villers-sur-Fère.

Pour Saint-Ybars, Seilhac, Aidius, à noter chaque fois la chaleureuse présence d’une délégation conséquente du Conseil Général de l’Aisne conduite par son vice président chargé de la culture,Jean-Luc Lanouilh.

L’ an dernier, le onze novembre, Eric Viot, qui patiemment, méthodiquement, et avec détermination, exhume des cendres de l’oubli, la mémoire des sept sarthois fusillés pour l’exemple, obtient l’inscription de Michel Joubert sur le monument aux morts de Saint-michel de Chavaisgnes.

Michel Joubert , fusillé à Suippes le 19 mars 1915,deux jours après l’exécution sur les mêmes lieux de Maupas et des trois autres caporaux de Souain.

Et , aujourd’hui, 11 novembre 2010, toujours , grâce à l’obstination d’Eric Viot, un autre Sarthois, Emile Lherminier, fusillé le 22 mai 1916 avec trois de ses camarades , pour refus d’obéissance, à Roucy dans l’Aisne est inscrit sur le monument aux morts d’Yvré L’Evêque.

Donc, six en douze ans.

A ce rythme, les plus de cinq cents autres risquent d’attendre longtemps « leur réintégration dans notre mémoire collective nationale ».

Or, ces hommes ont surtout été les victimes de l’incompétence et de l’incurie de l’état-major français. Cet état major débordé dès les premiers jours de la guerre, qui faute de compétence a du instaurer un climat de terreur.

Ces généraux, devenus maréchaux, comme Joffre, couverts d’honneur, sont morts dans leur lit et ont eu droit à des funérailles nationales.

Non seulement, ils n’ont jamais eu à répondre des crimes qu’ils avaient commandités, mais places, nos avenues , nos boulevards continuent à porter leurs nom. Alors , ne serait-il pas temps , aujourd’hui de dire haut et fort que nous ne voulons plus honorer ces sinistres assassins…

Il faut continuer le combat, il faut que les municipalités gravent les noms des fusillés de leurs communes sur les monuments aux morts même si ces hommes n’ont pas obtenu la mention mort pour la France … Et pourquoi pas dans nos villes et villages une rue à la mémoire des fusillés pour l’exemple.

Il faut que les maires, à l’instar de celui de Saint-Ybars en Ariège qui a inscrit Louis Flourac sur le monument aux morts, aient le courage d’engager cette première démarche vers la réintégration de ces hommes dans notre mémoire collective nationale.

Mais la réhabilitation " au cas par cas " évoquée par le gouvernement semble illusoire, difficile à réaliser et nous continuons de penser que la grande majorité de ces hommes méritent leur réhabilitation, leur réintégration dans la mémoire collective et que le gouvernement, en évoquant le risque de réhabiliter quelques indésirables, cherche encore une fois à justifier son refus de voir le nom de ces hommes au côté de leurs camarades sur les monuments aux morts …

Des Conseils Généraux comme ceux, de l’Aisne, de la Corrèze, de l’Allier, de la Sarthe, de la Somme, du Doubs ont voté des vœux ont déjà voté des vœux de réhabilitation de ces hommes. Nous invitons les autres à en faire de même, et plus particulièrement , en Limousin , ceux de la Haute Vienne et de la Creuse.

Nous demandons, plus spécialement aux sénateurs limousins d’œuvrer afin que la proposition de loi déposée, il va y avoir maintenant deux ans, sur le bureau du Sénat , par Guy Fischer, sénateur du Rhône, vienne enfin en discussion.

Proposition de loi ainsi libellée : Les « Fusillés pour l’exemple » de la première guerre mondiale font l’objet d’une réhabilitation générale et collective et en conséquence la Nation exprime officiellement sa demande de pardon à leurs familles et à la population du pays tout entier. Leurs noms sont portés sur les monuments aux morts de la guerre 14-18 et la mention « mort pour la France » leur est accordée.


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