MAUDITE SOIT LA GUERRE

Discours de Michel Agnoux de l’ARAC

lundi 12 novembre 2012 par cilal

A l‘heure où le gouvernement, aux côtés de démocraties aussi recommandables que le Quatar ou l’Arabie Saoudite n’hésite pas à souffler sur les braises d’un foyer qui risque d’embraser tout le Moyen-Orient, l’A.R.A.C. rappelle que le capitalisme porte toujours la guerre comme la nuée porte l’orage et qu’il est prêt à nous enrôler pour toute croisade dont il escompte tirer profit.

Ses tenants sont toujours en mesure d’imposer la présence d’un ministre socialiste lors de l’hommage rendu à Fréjus ce 20 novembre dans le cadre de la cérémonie du transfert des cendres d’une des gloires de la pacification au Napalm de nos colonies d’Indochine ou d’Algérie.

Leur souci n’est pas de rendre enfin justice aux innocentes victimes des conseils de guerre à la mémoire desquelles l’Association Républicaine des Anciens Combattants érigea le monument aux morts du cimetière de Riom en 1922.

La proposition de loi relative à la réhabilitation collective des fusillés pour l’exemple déposée par Guy Fischer et les sénateurs communistes le 20 décembre 2011 n’est toujours pas venue en discussion un an après.

Une proposition de loi identique déposée par Jacques Candelier et enregistrée à la présidence de l’Assemblée Nationale le 24 janvier 2012 été confrontée à un tir de barrage de Marc Laffineur secrétaire d’état stipulant que certains fusillés l’avaient été pour mutinerie, d’autres pour désertion, voie de fait, pillage, viol et qu’une réhabilitation collective était impensable. Légitime indignation de Jacques Candelier exigeant du ministre une justification de ses assertions.

D’autant plus que sur un échantillon d’environ 550 exécutés, l’historien Eric Viot sur plus de 250 motifs d’exécution n’a trouvé aucun violeur, juste quelques homicides, souvent liés aux conditions difficiles rencontrées par ces hommes pendant cette terrible guerre. La plupart étaient fusillés pour abandon de poste ou refus d’obéissance. La mutilation volontaire ou présumée comme le doigt égratigné de Léonard Leymarie était cataloguée « abandon de poste ».

Réélu député communiste, Jacques Candelier vient de déposer une nouvelle proposition de loi enregistrée à la présidence de l’Assemblée Nationale ce 10 octobre dernier.

Je me permets de vous en donner connaissance de l’exposé des motifs :

EXPOSÉ DES MOTIFS

Mesdames, Messieurs,

Au cours d’un conflit dont tous les historiens s’accordent à démontrer la sauvagerie, des soldats, plus tard dénommés les « fusillés pour l’exemple », furent passés par les armes après des conseils de guerre improvisés et sommaires et sous des prétextes divers : sentinelle endormie, insulte à officier, battue en retraite sans autorisation, mutinerie, désertion...

Selon les travaux les plus récents, le nombre des fusillés pour l’exemple est évalué à plus de 600 pour plus de 2 500 condamnations à mort prononcées sur 140 000 jugements. Et ces études n’intègrent pas, faute de documents archivés, les exécutions sommaires, impossibles à recenser du fait de leur nature même.

Il est important de replacer ces faits dans le contexte d’une guerre qui a marqué l’entrée dans le massacre de masse : mobilisation de 70 millions d’hommes dans le monde, 10 millions de morts, 20 millions de blessés, 640 000 veuves, 760 000 orphelins, 740 000 mutilés... ces chiffres ne traduisant pas, bien sûr, un traumatisme à grande échelle dont les stigmates se voyaient déjà dans les tranchées.

Sur un front qui n’était qu’un immense charnier, sous les obus et la mitraille, des hommes ont souffert, douté, ont eu peur ; d’aucuns ont refusé de partir à l’assaut, de tuer à l’époque où le statut d’objecteur de conscience n’existait pas, ou encore d’obéir à des ordres donnés par des officiers incapables de protéger leurs hommes.

Malgré les conditions exceptionnelles dans lesquelles ont agi – ou refusé d’agir – ces hommes, souvent très jeunes, l’absence de toute disposition de réhabilitation persiste à les faire considérer comme des lâches ou des traîtres, flétrissant ainsi leur mémoire et jetant l’opprobre sur leurs descendants.

Malgré un mouvement pour leur réhabilitation qui débuta dès la fin de la Première Guerre mondiale, seules quelques réhabilitations isolées furent obtenues.

Depuis maintenant quatre-vingt-dix ans, des associations poursuivent et prolongent les actions diversement engagées sur le plan individuel par les familles.

Il est plus que temps de mettre un terme à un tel déni et de réunir enfin en une seule et même mémoire apaisée tous ceux qui, durant cette guerre, sont morts pour la France.

Le 11 novembre 2008, les paroles prononcées par le Président de la République à la Nécropole nationale de Douaumont ont traduit l’exacte vérité de ce qui s’est passé dans l’horreur des tranchées et que plus aucun historien sérieux ne conteste.

Aujourd’hui, pour concrétiser ces propos, il ne s’agit pas de rouvrir les procès individuellement, pas plus de pardonner, de gracier ou d’amnistier, mais de réhabiliter pleinement, publiquement, collectivement, c’est-à-dire accorder réparation d’un déni de justice majeur dont ont été victimes des innocents, victimes d’un système qui les a broyés.

Ce n’est qu’en accédant à cette demande que la Représentation nationale rendrait justice à tous ceux, frères de combat, qui ont payé de leur personne et permettrait enfin que l’ensemble des morts de la Grande Guerre réintègre la mémoire nationale.

PROPOSITION DE LOI

Article unique

Les « Fusillés pour l’exemple » de la Première Guerre mondiale font l’objet d’une réhabilitation générale et collective et, en conséquence, la Nation exprime officiellement sa demande de pardon à leurs familles et à la population du pays tout entier. Leurs noms sont portés sur les monuments aux morts de la guerre 1914-1918 et la mention « Mort pour la France » leur est accordée.

Dans sa séance plénière du 20 octobre de l’année dernière, le groupe Limousin Terre de Gauche a fait adopté vœu allant dans ce sens par notre conseil régional. La région Corse et la région Champagne Ardennes ont également émis ce vœu.

Les conseils Généraux de l’Aisne, de l’Allier, de l’Ardèche, de la Corrèze, du Doubs, de la Haute Garonne, de la Haute Saône, de l’Hérault, de la Loire, de la Meuse, du Nord, de l’Oise, de la Somme se ont eux-aussi prononcés pour cette réhabilitation.


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