MAUDITE SOIT LA GUERRE

Discours de René Burget de l’Union Pacifiste

dimanche 16 novembre 2014 par cilal

Je dédie ces mots à un ami de ce monument réfractaire, Jean Nicolaï, qui n’est pas ici aujourd’hui uniquement parce qu’il nous a quitté le 23 octobre, trois jours avant Rémi Fraysse.

L’Union pacifiste de France (UPF) est la section française de l’Internationale des résistants à la guerre (IRG). L’IRG a été fondée en 1921 par des objecteurs et insoumis à la Première guerre mondiale, qui s’étaient dressés contre l’embrigadement dans la mortelle religion patriotique et contre les monstrueux meurtres causés par les généraux.
L’Union pacifiste incarne depuis cinquante-quatre ans le refus inconditionnel de la guerre, l’abolition des armées (écoles du crime), le rejet de la production et du commerce des armes (causes premières des conflits). Autour du droit au refus de tuer et de l’opposition en toutes circonstances au port des armes, l’UPF regroupe les pacifistes strictement indépendants, au-delà de toute conviction philosophique, religieuse ou politique.
Le 5 avril 2014, à la Maison du peuple de Limoges, avec la Libre pensée 87 et le Centre international de recherches sur l’anarchisme du Limousin, a eu lieu un Tribunal « Russell-Desproges » pour juger les généraux, premier acte de sabotage de ces cérémonies du centenaires, qui dénient la réhabilitation aux fusillés, insoumis et déserteurs.
Seize généraux de 14-18 ont été condamnés pour leurs crimes contre l’humanité, à l’aide de rapports sur les contextes juridiques, historiques et sur de multiples aspects oubliés dans cette production industrielle de montagnes de cadavres (dont les crimes des médecins militaires, les nombreuses fraternisations, etc.).

Alexandre Croix (journaliste insoumis exilé en Suisse en 1939 et mort en 1976) cite dans Liberté de janvier 1968 (le journal qui était animé par Louis Lecoin) les chiffres du service historique des armées (SHA) sur 118 cas de régiments mutinés. Pour la seule année 1917, les Conseils de guerre prononcèrent 50 900 condamnations (soit 16 257 de plus qu’en 1916), dont 38 315 au titre des armées et 12 585 au titre de l’intérieur, car les condamnations pour terroriser pleuvaient aussi à l’arrière !
Toujours pour 1917, Alexandre Croix note 1 317 désertions à l’étranger (contre 885 en 1916) et 27 579 désertions à l’intérieur (contre 15 745 en 1916). Donc près de 30 000 désertions (chiffres du SHA) sont à rapprocher avec les 20 000 objecteurs de conscience reconnus au Royaume-Uni à partir de l’instauration de la conscription en 1916.
De mai à octobre 1917, lors des six mois les plus actifs de la répression, le SHA enregistre 23 385 condamnations, dont 411 à mort. 55 de ces « damnés de la guerre » sont passés par les armes, dont 7 sur le champ selon la volonté expresse du « débonnaire » Pétain et 48 après des pourparlers entre l’état-major et l’Élysée.

Roger Monclin (1903-1985), un des fondateurs de l’UPF a toujours exigé la réhabilitation des réfractaires à l’armée. Il précise que la justice militaire pendant le premier conflit mondial a été une jolie suite d’infamies, dans laquelle la répression de masse des mutineries n’a été organisée spectaculairement que pour mieux terroriser les poilus.
Un seul exemple, en septembre 1914, Eugène Bouret, vigneron de 27 ans, artilleur victime d’une commotion cérébrale, est fusillé pour un abandon de poste fictif. Il aura fallu trois heures pour le condamner et trois ans de lutte pour le réhabiliter (en août 1917).
Il est surprenant que l’on punisse les soldats, mais qu’on ne poursuive pas les généraux, vrais saboteurs de la défense nationale. En 1914 ils ont failli les premiers avec des plans de bataille ne tenant compte ni des réalités humaines ou matérielles, ni des objectifs imprenables avec offensives à répétition et des assauts sans appui d’artillerie.

Selon le Limousin Léon Betoulle, « c’est avec de la bonté, de la clémence et de la justice intelligente qu’on arrivera à ramener le calme, mais surtout pas avec les condamnations des conseils de guerre qui démoralisent et révoltent les soldats » (JO 29 juin 1917). « Il y a eu trop de fautes [des généraux] pour que l’amnistie la plus complète ne soit pas accordée » déclare Paul Meunier le 16 octobre 1919. « Si vous frappez les soldats lorsqu’ils se mutinent contre leurs chefs, ne ferez-vous, par contre, rien à ces chefs lorsque, sans raison, sans délai et sans jugement, ils font assassiner leurs soldats ? » dit Léo Bouyssou (1872-1935).
Les innombrables assassinats sommaires de soldats étaient d’initiatives locales, exécutés plus ou moins discrètement par des chefs d’unités, qui s’en lavaient les mains en rédigeant de simples compte rendus de routine auprès de l’échelon supérieur, où les affaires étaient suivies avec l’impavidité administrative routinière et cannibale des Joseph Joffre, Robert Nivelle, Ferdinand Foch et autres drogués à la religion patriotique, ivres de sacrifices humains. La liste sur ce monument est à compléter des noms des tués par la police et la gendarmerie, au cours de la guerre de terreur social qu’ils mènent contre les citoyens.

Le gouvernement honore encore ces massacreurs, ce qui a contrario n’est pas le cas, parmi les milliers d’autres pacifistes, tel Louis Lecoin, réfractaire à toutes les guerres (emprisonné en 1914 pour sabotage de la mobilisation).
Constatons que sont ignorés par les municipalités, dont Gentioux, tous ces pacifistes qui ont sauvé dans la discrétion tant de vies humaines, en exerçant leur droit au refus de tuer et en résistant à la terreur aux côtés de toutes les victimes, durant les guerres mondiales ou locales. Qui soutient les actuels déserteurs des « opérations extérieures » ?

Le 1er décembre 2014, Journée internationale des prisonniers pour la paix, nous aurons une action particulière pour les déserteurs d’Érythrée, déportés en mer Rouge, sur l’île désertique de Sawa. Depuis 1990, la politique militariste à outrance du dictateur Issayas Affeworki, incorporant garçons et filles dès l’adolescence et déstabilisant, avec ses commandos, les pays de la Corne d’Afrique à la Côte d’Ivoire, a fait passer la population érythréenne de quatre à trois millions.
En France, ce 26 octobre, après trop de blessés par flash ball, l’assassinat de Rémi Fraisse par une grenade offensive de gendarmes encagoulés à Sivens (Tarn), rappelle celui des déserteurs tirés comme des lapins par leurs collègues de 1914 à 1919. Un de ces gendarmes est, sans vergogne, venu parader ici avec trois collaborateurs armés. Les militaires assassinent et terrorisent. Ne soyons jamais complices de ces fonctionnaires !
Venus ici pour exprimer notre fidélité envers l’orphelin de Gentioux, nous levons le poing et crions notre indignation devant cette impunité de plus cent ans des fonctionnaires de la Défense nationale : un ministère inutile et dangereux, à abolir de toute urgence !

« Maudits soient les généraux ! Maudits soient les profiteurs de guerre ! Vivent les déserteurs de tous les pays ! »


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Pour Rémi Fraisse et les autres . René Burget
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