MAUDITE SOIT LA GUERRE

Sur la tombe de Felix Baudy : discours de Philippe Loiraud du syndicat CGT du Bâtiment .

mardi 18 novembre 2014 par cilal

Notre camarade Albert Fau, dirigeant du syndicat CGT de la Construction de Lyon, découvrit dans les archives du syndicat, le compte-rendu de l’assemblée générale du 14 décembre 1924 où il tomba sur un passage qui l’intrigua profondément.

Je cite :
« Un des camarades soumet le cas de Baudy fusillé à Flirey dont les camarades de sa commune demandent au syndicat de consentir aux frais d’une manifestation pour la pose d’une plaque commémorative. Martinaud expose les intentions du groupe de copains de cette commune. Il pense que l’assemblée ne refusera pas cette plaque, l’envoi d’un délégué, et l’affichage de cette manifestation. Jaccoud voudrait que cette plaque ait un caractère anti-militariste... L’achat d’une plaque, l’envoi d’un délégué et l’affichage sont décidés à l’unanimité ».

De quoi s’agissait-il ?
Notre camarade rechercha des informations et découvrit un épisode de la guerre 14-18, où l’absurdité le dispute au tragique, et qui eut son épilogue en 1925.

Avril 1915 : le premier hiver de la guerre s’achève.
Le 63e régiment d’infanterie formé de limousins, pour la plupart cultivateurs, l’a passé dans les tranchées de Champagne, où ils ont cruellement souffert du froid. Baudy, originaire du village de Royère, appartient à la 5e compagnie de ce régiment.

Comme beaucoup d’hommes de cette région, il était venu chercher du travail comme ouvrier du bâtiment à Lyon et avait été, avant 1914, membre du syndicat des maçons de Lyon.
Au printemps de 1915 le régiment est désigné pour prendre part, en Lorraine, dans le secteur de St Mihiel à une de ces innombrables attaques, au cours desquelles pour tenter de gagner quelques mètres de terrain sur l’ennemi, des centaines, voire des milliers d’hommes étaient sacrifiés.

La 5e compagnie perd ainsi les 3/4 de ses effectifs au combat de Regneville. Après quelques jours de repos, les hommes apprennent que leur compagnie, complétée, est à nouveau désignée pour une attaque, dans le secteur particulièrement meurtrier de Flirey.
Les protestations grondent : « nous ne sortirons pas de la tranchée ! »

En effet, au moment de l’attaque, le 19 avril, seul une vingtaine d’hommes acceptent d’aller au massacre.
Trois en reviendront dont deux blessés.
Furieux, le général Deletoille, commandant au corps d’armée parle de faire fusiller toute la compagnie !.
Sur les instances des officiers il consent à « se contenter » de 6 hommes désignés par les chefs de section. L’un de ceux-ci ayant courageusement refusé de le faire, ce sont 5 poilus, dont un caporal, qui se retrouveront le 20 avril devant la cours martiale, avec pour « avocat » improvisé le capitaine Minot.

Baudy figure parmi les 5 boucs émissaires. Il refuse malgré l’insistance du capitaine Minot, de déclarer qu’il avait eu l’intention de sortir de la tranchée mais n’avait pu le faire.
«  Ce n’était pas notre tour, ce n’était pas juste » disent Baudy et les autres : cet argument lui parait, comme à ses camarades, suffisant pour se défendre de l’accusation de lâcheté.
Le tribunal militaire acquitte l’un des hommes un peu « simple d’esprit », les 4 autres : Baudy, Prebost, Morange et Fontanaud, sont condamnés à mort.

Le 22 avril, on fait mettre à genoux les condamnés auxquels on a bandé les yeux.
Baudy cependant arrache le mouchoir et crie :
« Camarades ! tirez droit au cœur ! vous verrez comment on meurt quand on est français ! »
Les 4 corps s’effondrent.

Après la guerre des démarches sont entreprises pour la révision du procès.
Mais les camarades de Baudy avaient décidé de réhabiliter la mémoire du fusillé « pour l’exemple ».
M. Martinaud, lui aussi originaire de Royère, travaillait comme maçon à Lyon et fût à l’origine de cette initiative. Il alerta le syndicat des maçons de Lyon, qui décida de s’associer à cette manifestation.
Elle eût lieu en janvier 1925 en présence de plusieurs centaines de personnes avec un soutien aux parents de Baudy, ce geste de solidarité restera gravé dans la mémoire des habitants de la commune et de tous les militants présents à cette manifestation.

La dite plaque est toujours présente aujourd’hui et c’est celle que vous voyez sur la tombe de Félix Baudy.


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