MAUDITE SOIT LA GUERRE

Discours de Michel Agnoux pour l’ARAC

jeudi 19 novembre 2015 par cilal

Michel AGNOUX délégué à la mémoire du Comité départemental de l’Association Républicaine des Anciens Combattants et Victimes de guerre de la Corrèze(ARAC) :

Monument de Vimy, surgi de la mémoire

Menhir du souvenir parmi les entonnoirs

Jailli comme un remords de la terre blessée Louis Aragon (qui était à Vimy)

Entre les 10 500 morts ou blessés canadiens pour la reconquête de cette crête et les monceaux de cadavres du charnier de Lorette , deux pans de béton menant à des silhouettes dans des blocs de verre translucides.

C’est là que l’association « Noël 1914 » présidée par le réalisateur Bertrand Tavernier a acheté un bout de terre pour répondre au vœu d’un poilu de la Grande Guerre qui a vécu en direct les moments longtemps occultés entre soldats français britanniques et allemands pour fraterniser le jour de Noël 1914 sur la ligne de front , à proximité de Neuville Saint-Waast, Moments émouvants mis en lumière grâce à « Joyeux Noël » de Christian Carion avec Guilllaume Canet et Dany Boom.

Il me semble particulièrement opportun de vous donner la narration d’un de ces moments en décembre 1915 (car les fraternisations ne se sont pas arrêtées à la Noël 1914) à travers une page des carnets de guerre de Louis Barthas tonnelier au sein de son escouade minervoise, Socialiste dans le civil et resté profondément pacifiste et lucide sous les drapeaux.

Le lendemain 10 décembre en maints endroits de la première ligne les soldats durent sortir des tranchées pour ne pas s’y noyer. Les Allemands furent contraints d’en faire de même et l’on eu alors ce singulier spectacle : deux armées ennemies face à face sans se tirer un coup de fusil.

La même communauté de souffrances rapproche les cœurs, fait fondre les haines, naître la sympathie entre gens indifférents et même adversaires. Ceux qui nient cela n’entendent rien à la psychologie humaine.

Français et Allemands se regardèrent , virent qu’ils étaient des hommes tous pareils. Ils se sourirent, des propos s’échangèrent, des mains se tendirent et s’étreignirent, on se partagea le tabac, un quart de jus ou de pinard.

Ah ! Si on avait parlé la même langue !

Un jour un grand diable d’Allemand monta sur un monticule et fit un discours dont les Allemands seuls saisirent les paroles mais dont tout le monde compris le sens , car il brisa sur un tronc d’arbre son fusil en deux tronçons dans un geste de colère. Des applaudissements éclatèrent de part et d’autre et l’Internationale retentit.

Ah ! Que n’étiez-vous là rois déments , généraux sanguinaires, ministres jusqu’au-boutistes, journalistes hurleurs de mort, patriotards de l’arrière, pour contempler ce sublime spectacle !

Mais il ne suffisait pas que les soldats refusassent de se battre, il fallait qu’ils se retournent vers les monstres qui les poussaient les uns contre les autres et les abattre comme des bêtes fauves. Pour ne pas l’avoir fait, combien de temps la tuerie allait-elle durer encore ?

Cependant nos grands chefs étaient en fureur. Qu’allait-il arriver grands Dieux si les soldats refusaient de s’entretuer ? Est-ce que la guerre allait donc si tôt finir ? Et nos artilleurs reçurent l’ordre de tirer sur tous les rassemblements qui leur seraient signalés et de faucher indifféremment Allemands et Français comme aux cirques antiques on abattait les bêtes féroces assez intelligentes pour refuser de s’égorger et se dévorer entre elles.

De plus, dès qu’on put établir tant bien que mal la tranchée de première ligne on interdit sous peine d’exécution immédiate de quitter la tranchée et on ordonna de cesser toute familiarité avec les Allemands.

C’était fini, il aurait fallu un second déluge universel pour arrêter la guerre , apaiser la rage la folie sanguinaire des gouvernants,

Qui sait ! Peut-être un jour sur ce coin de l’Artois on élèvera un monument pour commémorer cet élan de fraternité entre des hommes qui avaient horreur de la guerre et qu’on obligeait de s’entre tuer malgré leur volonté.

Cependant, en dépit d’ordres féroces, on continua surtout aux petits postes à familiariser entre Français et Allemands A la 24° compagnie le soldat Gontran, de Caunes-Minervois, rendait visite à la tranchée boche.

Il avait fait la connaissance du capitaine allemand, bon père de famille qui lui demandait des nouvelles des siens et lui donnait toujours quelques cigarettes.

Quand Gontran prolongeait trop sa visite le capitaine le poussait hors de la tranchée en lui disant : « Allons, va-t-en maintenant ! »

Malheureusement pour Gontran, un jour qu’il revenait de la tranchée allemande il fut aperçu par un officier de sa compagnie et quel officier ! Le lieutenant Grubois, « Gueule de bois », qui lui dit : « Je vous y prends, vous serez fusillé demain. Qu’on arrête cet homme. »

Personne ne bougea, les hommes regardaient stupides cette scène. Gontran affolé par cette menace de l’officier escalada le talus de la tranchée en lui criant : « Véni me quièrre » et en quelques enjambées il fut à la tranchée ennemie d’où il ne revint plus,

Le soir même un conseil de guerre composé des officiers supérieurs du régiment et présidé par le colonel se réuni à l’abri de notre commandant.

En cinq sec le soldat Gontran fut condamné par contumace à la peine de mort.


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Michel Agnoux pour l'ARAC
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